Il était une fois Le Plük

Luc Parin, Gilles Maury, Silvany Hoarau

Luc Parin, Gilles Maury, Silvany Hoarau

Le 09/08/2017, FARLAB rencontre Luc Parin, propriétaire de l'église St Denis de Becquincourt à Dompierre-Becquincourt, petite commune de la Somme, au cœur des Hauts-de-France: sa commune est située à 2km du centre géographique de la région.

Une arrivée Farlabante !!

Luc nous contacte par téléphone et nous présente son beau projet par email : nous l'invitons à venir rencontrer Silvany Hoarau, à l'église du quartier de l'Epidème à Tourcoing.            
Luc est arrivé à Saint Louis dans son Combi VW orange, pantalon assorti, les bras chargés de provisions pour tous les volontaires du chantier participatif, alors en cours dans l'église pour créer le café culturel du Ô Lieu (de bons produits de la ferme familiale qu'il a d’ailleurs cuisiné avec art et amour pour le plus grand bonheur de la Saint-Louis-Family !) Après un deuxième aller-retour vers son véhicule, le voilà plein de bouquins sur ses sujets favoris et d'un carton rempli de... savon de Marseille véritable"Tenez ça c'est cadeau ! "
Mis au parfum, on a tout de suite compris que Luc avait la main sur le cœur !          
Il traverse ensuite la porte d'entrée de l'église et... "wao" souffle coupé, sourire aux lèvres : <<Bienvenue à toi>> ! Les rencontres avec Tairou Bodian, artiste peintre de Saint-Louis, et Ludovic, artiste sculpteur, se font facilement, et la visite de l'édifice se déroule, accompagnée du drone pour ne surtout pas perdre une seule image, et capter les premières émotions, en attendant la venue de Silvany Hoarau, propriétaire du lieu.      
(On vous laisse imaginer ce qu'il se passe quand deux passionnés un peu fous, se découvrent des valeurs communes, des ambitions partagées et des rêves en communs ... !)

Une sacrée histoire !!

En fait pour Luc, tout commence il y a quelques années... Diplômé de l’école de commerce Espeme Lille (Edhec MBA) en 2000, il travaille un an sur la création d’une trottinette électrique avec l’Ecole Centrale de Lille mais ne trouve aucun financement dans la région et abandonne son projet.  Suite à un voyage en Birmanie, il redécouvre sa région et décide de réaliser un de ses rêves : trouver un bâtiment patrimonial a réhabiliter. Il a d'abord comme idée de racheter un bâtiment en ruine à Wissant sur la côte pour y créer son propre restaurant, mais la vente est impossible... Peu de temps après, son père lui propose une idée un peu folle " tu n'as qu'à racheter l’Église de Becquincourt !" Ce qui n'est pas du tout au goût de Luc qui trouve l'idée délirante mais, lorsque par curiosité il découvre la nef, puis les cloches, alors c'est le coup de foudre : "il s'est passé quelque chose de magique et je savais que j'allais l'acheter" (bien qu'à ce moment-là, elle n'était pas à vendre et appartenait toujours à la commune qui l'utilisait comme décharge municipale) « Il y avait plus de 500 pigeons à l’église, tous les vitraux étaient cassés ou remplacés par des parpaings. Un tas de déchets de tous types s’amoncelait face à moi dans une jungle écœurante, j’ai trouvé une échelle et je suis monté au premier étage du clocher, la trappe pesait plusieurs dizaines de kilos avec les fientes de pigeons, j’avais les pieds sur une échelle cassante et j’ai pris une énorme bouffée de plumes avant de découvrir un escalier en chêne et deux autres étages. Tout en haut, je pouvais voir deux cloches, je suis monté j’ai vu la plaine au loin, je savais que j’avais une mission, j’étais heureux.»             
Pas de temps à perdre pour Luc qui contact Monsieur le Maire et annonce son projet : "je veux faire un restaurant dans l'église où je pourrai servir les produits frais de mes parents ». Luc n’a que 23 ans et à l’époque, il trouve le prix trop cher, ses parents hésitent. Il part vivre en Espagne mais après presque un an, il revient quand il apprend qu’un couple va acheter l’église pour en faire une habitation. Il refait une proposition au maire qui valide sa demande avec le conseil municipal.  Alors, pendant 5 ans il travaille sur son idée, en recherchant le meilleur et en essayant d'éviter le pire. Aidé par le Conseil Municipal il organise un gros nettoyage de l'église et il contacte un jeune cabinet d’architectes lillois créé par une de ses connaissances. Il dépose un permis de construire dans l’urgence et qu’il n’aime pas pour pouvoir obtenir une subvention de l’état de 132 000 euro qui représente 1/3 de l’investissement. Subvention qu’il ne demandera jamais car il s’installe comme webmaster le temps d’ouvrir son restaurant. « C’est ma troisième erreur après le choix du cabinet d’architectes, l’Urssaf, le RSI, la Cipav et les impôts me demandaient plus que ce que je pouvais vendre à la campagne. J’ai vécu un enfer administratif, les huissiers, les tribunaux. J’avais monté une activité pour ne pas coûter à la société et l’état m’a tout pris et m’a condamné pour cela ». Le projet au ralenti, il ne veut pas s’éloigner de l’église. En attendant, il travaille dans l’informatique pour différentes sociétés et aussi comme ouvrier agricole et sur les marchés pour son petit frère agriculteur. 5 années après l’achat, il entreprend une année de travaux sur la toiture : un travail nécessitant 3000 tuiles plates de Beauvais 1915. Grâce à internet, il trouvera son bonheur : "il a fallu que je me rende à 4 ou 5 adresses différentes autour de Beauvais, Paris et Boulogne pour retrouver les bonnes tuiles" Aidé d'un ami, l'édifice est alors mis hors d'eaux, un grand soulagement. Il trouve seulement à la fin des tuiles exactement de la même couleur foncée que celles d’origines et décide de recommencer le travail côté sud. Il faut malheureusement couper les tuiles d’un millimètre mais le résultat et la satisfaction est au rendez-vous quand le toit sud est refait strictement à l’identique.               

<<Il n'y a pas d'échecs que des obstacles…>>

Après de nombreuses recherches approfondis, Luc retrouve les plans d’une église de Becquincourt qui n’est pas la sienne, c’est l’étonnement total. En effet, les plans retrouvés sont ceux d'une église qui aurait du être réalisée mais abandonnée car les architectes avaient oublié de calculer la surface de l’ancien mur qui entourait l’ancienne église de Becquincourt et que l’état allemand devait rembourser aux titres des dommages de guerres 1914-1918. "Aujourd'hui j'espère toujours retrouver les plans, comme j'ai eu la chance de rencontrer deux descendants de l'architecte de mon église il y a peu. Il reste un espoir dans sa famille mais les chances sont faibles aux dernières nouvelles. "          
C'est alors qu’il se résigne un peu à créer un logement touristique : " je voulais depuis le début l'ouvrir au public et non pas en faire un loft pour moi ou pour le tourisme, je trouvais ça trop facile et un peu égoïste ». Au fil des années, devenu dessinateur industriel en 3D, il se lance seul dans les différents plans et versions pour économiser le chauffage et optimiser tout l’espace. « J’ai toujours dessiné et j’ai même fait une année à St Luc de Tournai quand j’avais 13 ans. ».
Pour valoriser l’édifice, Luc a l'idée de créer des cubes reliés par une passerelle et de peindre le plafond. Il commence alors ses recherches et découvre le travail de OKUDA, artiste espagnol habitué du street-art sur friches, ayant coloré l'église de Youssoufia au Maroc, une chapelle du Arkansas, et l'intérieur de l'église de Llanera en Espagne, aujourd’hui transformée en Skate-park. Il se passionne pour l’art urbain et continue de suivre assidument l’actualité de plusieurs artistes sur Internet : Okuda, The Dulk, Mantra, Cinta Vidal, Waone
Il y a 4 mois, Luc décide de contacter son artiste de street art préféré The Dulk, street artiste et fervent défenseur des animaux, qui partage entre autres, sa passion pour l’œuvre de Jérôme Bosch. Débute alors une correspondance "je lui ai écrit 5 lignes et un lien vers le site internet de l’église à 7h00 du matin et il m’a répondu super positivement à 9h00 pour me dire qu’il était intéressé par mon projet et qu’il voulait en savoir plus, j’ai renvoyé un PDF de 3 pages, il m'a répondu avec 3 pages, auxquelles j'ai renvoyé 5 pages et dont il en a rajouté 5..." Depuis, Antonio et Luc s'écrivent régulièrement et vont se rencontrer prochainement à Londres et à Valencia pour créer un projet commun : Le Plük museum. « Cela se prononce pluc, pas plouc » s’amuse Luc. «. Tous les deux animés par le plaisir de travailler ensemble, l'idée serait donc de créer un Micro-musée du street art dans l'église et l'inscrire dans Le Circuit du Souvenir de La Grande Guerre comme une étape décontractante et surprenante pour montrer le parcours et l’oeuvre de The Dulk à l’église de Becquincourt. Ainsi en visitant le Plük Museum, les visiteurs pourront découvrir le talent de Dulk, plusieurs tableaux et sculptures, un édifice de la reconstruction, ainsi que les Collines de Frise à 2 minutes, communément appelée la Montagne de Frise, jusqu'alors trop souvent ignorées des visiteurs. Les collines offrent un panorama sur la vallée et les méandres de la rivière de la Somme inoubliable.
Alors, le projet actuel reposera sur 3 espaces : Un micro Musée, une partie d'habitation et une zone évènementiel « où j'espère pouvoir accueillir des REMARIAGES, j'aime beaucoup cette idée que des grands parents puissent célébrer leur mariage à nouveau, en compagnie de leurs petits-enfants, et puis c'est un lieu de vie où il y aura aussi des concerts, des expos, de sculptures, de la photo, de la projection vidéo… Ce sera un lieu ouvert à la culture positive, active, éveillée et réaliste.»   
Luc se refuse l'idée que la seule attraction touristique de son village soit un cimetière militaire que personne ne visite et voudrait redonner de la fierté aux habitants qui ont vu la sucrerie et tous les commerces s’arrêter les uns après les autres. « J’ai arrêté mes études artistiques à 13 ans faute d’y croire, c’était ma première erreur et je voudrais permettre à des jeunes du coin de rencontrer des artistes, leur donner un local et la force de travailler leurs talents artistiques. ».

 

>>>La suite de l'aventure? c'est pour bientôt! <<<

Plein FAR sur... www.Sainte-Marie-Madeleine.be

Lors de nos recherches, nos visites et autres activités réflexives autour de la problématique du patrimoine cultuel en péril, nous sommes tombés nez à nez avec l'église Sainte Marie Madeleine située à Tournai en Belgique. Intrigués par l'immense grillage qui l'entoure, nous avons souhaité nous renseigner un peu plus, sur l'actualité de Sainte-Marie-Madeleine.
Nous espérons par cet article vous informer sur cet édifice et éveiller en vous cette volonté qui nous anime, de sauver la patrimoine et nous rejoindre dans notre démarche !

L'église gothique Saint Marie Madeleine a été construite en 1252, après une décision de l'évêque de Tournai: Gauthier de Marvis. Aujourd'hui le quartier vieux de 700ans, et qui abrite l'édifice de pierres de calcaire, s'appelle: le quartier de La Madeleine (en référence à l'église, ce qui montre l'impacte qu'a eu le monument sur son territoire, comme c'est souvent le cas dans les communes).
En 1940, les abords de l'église sont bombardés, ce qui mettra une partie de l'édifice en péril. Alors, un programme de restauration est mis en place pour conserver le monument. Malgré cette sauvegarde, l'église Sainte Marie Madeleine ne résistera pas à la décision de 1964 prise par le doyen de Tournai de revoir toute l'organisation paroissiale de la ville. En effet, bien qu'au XVIIIème siècle le quartier était à son apogée grâce à l'essor des industries de la porcelaine et du bronze, au XXème siècle le quartier est déserté par ses nombreux habitants à cause du déclin de l'industrie et l'appauvrissement social. De plus, le nombre de fidèles décroit fortement et le manque de prêtres n'aide pas à maintenir le culte dans cette église. C'est donc ici l'histoire d'une église victime comme bien d'autres, de l'évolution de la société.

Classée par un arrêté royal de 1936,  l'église ne sera cependant pas détruite. Le patrimoine local est alors conservé, bien que sur les 5 cloches présentes, 2 auraient été refondues dans les années 70.

En 2001, c'est l'IPW (institut du patrimoine wallon) qui devient propriétaire de l'église dans l'optique de réanimer les lieux. Après un 1er nettoyage (aidés par les citoyens!) et une ouverture au public, les idées de réhabilitation voient le jour.

D'abord l'église devient un entrepôt de stockage pour les éléments de la Grande Procession de Tournai (tradition religieuse). Ensuite, l'IPW propose d'y installer le musée de l'imprimerie wallonne, composé de la collection Casterman. Cependant les travaux de rénovation de couverture, de sécurisation etc.. empêche la viabilité financière du projet. La ville de Tournai abandonnera pour les mêmes raisons financières, le projet d'installer dans l'église une bibliothèque communale. En 2012, un troisième projet est lancé: réaliser des logements en respectant les conditions de protection patrimoniale. Il semble que celui là n'ait pas eu la chance de se réaliser non plus...
Depuis 2015, un immense grillage c'est dressé tout autour de l'édifice. Les habitants se sentent mis de côté car ils n'ont pas été informé de cette installation monumentale. Celle-ci serait en place dans le but de protéger les riverains des chutes de pierres, et d'empêcher aussi, les intrusions à l'intérieur du périmètre de sauvegarde.

Au FAR LAB, nous espérons qu'un porteur de projet d'intérêt collectif réussira à maintenir ce patrimoine debout. En tout cas sachez que toute idée est bonne a-pprendre et que nous sommes là pour vous accompagner dans vos idées!

Si vous êtes intéressés par cette église vous pouvez retrouver des études réalisées par Ney&Partners, et partir à la rencontre des travaux de quelques étudiants de l'ESA, St Luc.


Pour découvrir les missions de l'IPW c'est et notre source d'inspiration ici !

Et puis, si vous avez de nouvelles actu sur cet édifice, vous pouvez nous contacter à communication@farlab.fr ,

A bientôt !
L'équipe du FAR LAB

 

Qui sommes nous ?

noun_804362_cc.png

Maxime

Architecte & designer

Architecte indépendant, créateur de luminaires, designer d'intérieur et travailleur inconditionnel du bois, Maxime est le maître d'oeuvre du projet de reconversion de l'église Saint Louis à Tourcoing, et aussi le président l'association.

« L'enseignement de Pierre-Louis Faloci, qui m'a formé en son agence et m'a diplômé à l'Ecole d'Architecture de Paris Belleville, m'a donné les clés d'une conception architecturale de qualité et un bon paquet d'ambition. Architecture-Studio (Paris-Shanghai-Pékin) m'a appris les outils et m'a permis d'expérimenter mon savoir à travers des responsabilités dans un pays qui laissait libre cours à mon imagination.
Aujourd'hui installé dans la métropole lilloise, j'exerce mon métier avec passion et dévouement à travers mon travail d'indépendant. Celui-ci a débuté grâce à la rencontre d'un homme et d'un bâtiment, demandeur de dessin à la hauteur de ses ambitions. »

Pour voir le projet de reconversion de l'ancienne église Saint Louis, RDV sur le site web de Maxime Seurin en cliquant ici

 

ash.png

Anne-Sophie

Journaliste, Auteur, et Femme au Grand Cœur.

Journaliste à Croix du Nord Anne-Sophie est aussi l'auteur du livre "Klimsza, une rencontre" sorti en 2014. Engagée, elle est à l'initiative de l'action "Snood'lidaire" en faveur des populations en situation de précarité, à Roubaix.
Au sein du Far Lab, Anne-Sophie à le titre de secrétaire. Sa connaissance dans le domaine des religions, sa place au cœur de l'actualité et sa sensibilité, notamment envers la solidarité citoyenne, la rendent indispensable au sein de l'association.
Elle s’investir dans l'organisation des rencontres du Lab au tiers lieu, là où vous pourrez certainement la rencontrer!

Bientôt Anne-Sophie vous présentera le travail qu'elle a consciencieusement produit, un inventaire structuré des églises transformées, ou en projet.

cb.png

Caroline

Communication & Développement

Entrée dans le projet en tant qu'étudiante, Caroline est devenue trésorière de l'Association. A côté, elle développe le projet, se charge de vous offrir une qualité de communication qui vous correspond et participe activement aux actions développées à Tourcoing, comme dans l'ancienne église Saint Gérard de Wattrelos.
Diplômée dans la sauvegarde du patrimoine et le management de projet, elle permet d'offrir des compétences supplémentaires au Far Lab. Si besoin, vous pouvez la contacter, elle se fera un plaisir de vous répondre !

Plein FAR sur… Les églises englouties

Sans vouloir faire échos au célèbre album Le dernier des templiers #3 l’église engloutie, je souhaite vous parler ici de quelques édifices submergés par les flots, qui aujourd’hui sont devenus des paysages incroyables faisant fonctionner les imaginaires des plus créatifs.

Commençons par un voyage en Italie. Dans le lac de Resia (Reschen) à Curon Venosta, un clocher semble flotter sur l’eau. En fait, la commune a totalement été submergée en 1950 à cause d’un barrage construit aux abords. Aujourd’hui on aperçoit toujours le clocher de cette église du XIVème siècle dans ce paysage déjà magique, entre montagnes et eaux turquoise. Parfois, l’eau se retire ou la neige recouvre le lac, ce qui permet aux visiteurs curieux de s’y approcher d’un peu plus près. Aussi, dans la baie de San Fruttuoso aux pieds de l’Abbaye, une statue représentant le Christ, d’une hauteur de plus de deux mètres, se dresse sous la surface de l'eau. L’œuvre n’a pas été englouti délibérément mais, déposée dans les années 50, à presque 20m de profondeur, comme un hommage aux disparus des mers.

Continuons notre route en Bulgarie, et plus précisément au niveau du barrage de Zhrebchevo. L’ancienne église de Saint Ivan Rilski était située dans une petite commune célèbre pour son ancienne production d’huile essentielle de rose. Malheureusement au XXème siècle, le barrage a été construit dans le but de récupérer de l’eau, ce qui a totalement submergé Zapalnia. Aujourd'hui seul quelques ruines subsistent.

Remontons jusqu’en Russie pour découvrir la cathédrale Saint-Nicolas, ou plutôt ce qu’il en reste : le clocher de Kaliazine. Dans les eaux de la Volga, il est possible d’apercevoir l’ancien édifice qui était situé sur la place du marché de l’ancienne ville, également noyée pour construire un barrage et une centrale hydroélectrique à une centaine de kilomètre de Moscou.  Bien que plusieurs bâtiments aient été détruits ou déplacés, celui-ci est toujours en partie debout et enrichi ainsi le paysage de la région de Tver. Plus au nord, un autre édifice émerge du Lac Blanc. C’est l’ancienne église de la Nativité de Jésus à Krokhino, construite au XVIIIème siècle. Ici, l’inondation a été causée par la construction du canal VolgoBalt au XXème siècle.

Changeons de continent pour visiter le Venezuela. Il y a presque 40ans, à Potosi, un lac artificiel vient plonger le village dans l’oubli. Tous les habitants doivent déménager et ainsi de nombreux agriculteurs disparaissent en même temps que leur quotidien. Aujourd’hui, le clocher de l’ancienne église nous rappelle, lorsque le niveau de l’eau est bas, le triste sort de ce village effacé des cartes.  Découvrez ici les images surprenantes de l’édifice.

Ailleurs, d’autres constructions jaillissent de l’eau : au Mexique, le Temple de Santiago a été noyé par un barrage, comme en Espagne dans le lac Médiano où l’on retrouve les ruines d’un édifice ayant connu le même sort. Aussi en Inde, l’église Saint Rosaria tente de rester debout, comme tente de le faire les église Saint Nicholas en Macédoine et à Petrolandia au Brésil. Récemment en Turquie dans le lac de Iznik, ont été découvertes par des archéologue des fondations d'un lieu de culte qui dateraient du cinquième siècle après JC.

Plein FAR sur… Le Royaume Uni

CCO PUBLIC DOMAIN

Il faut savoir que le nombre d’églises transformées au Royaume-Uni est plus élevé qu’en France, alors que le pourcentage de chrétiens allant à la messe est plus élevé au nord de la Manche qu’au sud.
Beaucoup d’édifices sont vendu à des particuliers car dans ce pays, l’État ne subventionne aucune restauration de patrimoine. Cependant les restaurations sont surveillées par l’Église d’Angleterre, et la démarche pour y atteindre et longue de négociations. La majorité des reconversions profanes sont acceptées sous réserve qu’il n’y ait aucun lien avec le diable, les pêchés ou autre transgression consciente et volontaire de la loi divine.  

A Liverpool (une ville qui pourrait être comparée à Toulouse en termes de superficie et du nombre d’habitants), de nombreux édifices sont en ruines. Cela s’explique par la diminution soudaine de la population, et le détachement au catholicisme de la part des habitants. Le niveau de vie à Liverpool est très bas et certains édifices sont réutilisés pour redynamiser la ville et faire revenir les classes moyennes, sans non plus aller vers l’embourgeoisement des quartiers. C’est pourquoi plusieurs promoteurs voient dans ces édifices des opportunités pour créer des logements et habitations privés, alors que d’anciennes églises sont transformées en magasins, centre sportif, lieux culturels et d’expression artistique.          
Par exemple, l’église Saint Peter du XVIIIème Siècle, est aujourd’hui un bar-restaurant-salle de concert.  Alma De Cuba accueille en effet en ce lieu de nombreux clients venus goûter à l’ambiance Gospel & Latino-américaine. Des soirées à thèmes y sont organisées, façon carnaval de Rio, EVJF, Halloween, anniversaires… Alors que des peintures d’origines ont été conservées, beaucoup de croyants se sentent choqués de la reconversion de l’ancienne église. Lieu privatisable, il y est aussi possible de réserver l’espace autant pour du coworking que pour y célébrer… son mariage.

Ailleurs dans le pays, on notera des reconversions jugées « réussi » par l’Eglise d’Angleterre, comme Saint Paul à Bristol transformée en école de cirque (Circomédia) ou Saint Bénédict à Manchester réhabilitée en salle de sport et d’escalade. Cependant certaines reconversions font polémiques comme à Muswell Hill avec le O’Neills Pub, qui on l’imagine n’est pas le lieu préféré des représentants de l’Eglise, ou encore à Westbourne, où la chaîne Tesco a investi une église méthodiste pour y implanter un supermarché.

D’un point de vue design & architecture, certaines reconversions sont de vrais bijoux. A Londres, l’église des Saints Sauveurs est réhabilitée de façon très contemporaine, depuis 2004, en maison de luxe avec décorations en or, objets de créateurs, et cinéma privé ; comme le cas de Victorian Westbourne Grove Church à Nothin Hill dont l’ancienne façade conservée ne laisse pas imaginer un intérieur si contemporain et épuré. Légèrement plus rustique, à Kyloe, l’architecture d’origine est conservée et la décoration sobre et discrète fait tout le charme du lieu. On fait aussi référence à la chapelle art déco de Suffolk ou encore à l’ancienne église de Lincolnshire où la restauration a permis de conserver le côté mystique du lieu tout en dégageant chaque espace des peintures et objets d’origine.

Plein FAR sur... Sport et églises au Québec

CC0 Public Domain

Il y a 10 ans, le nombre de lieux de culte reconvertis s’élevait à 30/an. En 2012, 7% été transformés en maisons privées, 8% en lieux culturels, 12% démolis et 17% reconvertis en un autre lieu de culte.

L’esprit sportif

Aujourd’hui, des anciens lieux de cultes du Québec accueillent des espaces sportifs, mais cela n’a pas toujours été imaginable. En 2007, le thème du sport et de l’Église a fait état d’une thèse : « L’Église et le sport au Québec à la lumière du concept d’acculturation » par Roger Boileau, doctorant en sociologie. Il est également possible de découvrir un article de 2013 de Roger Boileau intitulé « Du refus à l’acceptation : l’Église et le sport au Québec » diffusé et préservé par ERUDIT (dont la mission est de promouvoir et valoriser la recherche universitaire). Roger Boileau nous apprend alors dans cet écrit très intéressant, qu’au Québec, le sport est arrivé en même temps que la culture anglophone à la fin de la Nouvelle France et que cela a bouleversé le quotidien de l’Église par le rapport aux corps et leurs proximités, les habitudes vestimentaires, le nouveau vocabulaire anglophone, et les nouvelles dates ajoutées au calendrier qui se calquaient alors sur l’agenda religieux. Petit à petit, l’Église accepte le sport et de ce fait l’association des cultures francophone et anglophone. Ainsi, se sont développées des infrastructures sportives et des événements liés aux loisirs, en accord avec les diocèses et les paroisses.

Quelques exemples de reconversion

En 2009 à Sherbrooke , l’ancienne église se transforme en centre d’escalade. Aussi, à l'automne 2017 verra le jour à l’ancienne église de Saguenay, un autre centre d’escalade imaginé par le groupe Beta Crux. Drôle de destin pour ces deux églises aux noms communs.
L’escalade se développe en masse sur le pays, et de tels lieux clos en péril sont des opportunités pour ces projets qui demandent, hauteur et espace. De plus, ces reconversions font échos à la volonté du pays de développer des lieux dédiés aux activités sportives et de loisirs.
L’ancienne église Saint-Esprit héberge également depuis 2003 l’école de cirque du Québec. « L’école est un lieu d’activités récréatives, de formation professionnelle, de recherches et de création en arts du cirque. »
A Montréal, le centre sportif et culturel du collège Mont-Royal est intégré dans une église moderne, l’église Saint-Bernard. Alors que la Nef accueille une « aire de jeux », une chapelle est maintenue pour offrir un lieu de culte et de recueillement. C’est un exemple qui reste surprenant par la mixité des usages dans un tel lieu.

 

Plein FAR sur… La Belgique.

La Belgique est un territoire qui porte de nombreux projets de réhabilitation concernant les lieux de culte. De plus, Mouscron est depuis 1996 jumelée avec Tourcoing, où est situé le projet de reconversion de l’ancienne église Saint-Louis.   
Dans un article diffusé fin 2016, l’évêque de Bruxelles signalait que de trop nombreux sites cultuels étaient en péril et qu’à la vue des besoins de la ville, il serait nécessaire de repenser l’occupation de ces lieux de culte devenu pour beaucoup, déserts. L’idée serait plutôt d’associer lieu de vie et lieu de culte, un partage qui pourrait être la solution a adopter pour satisfaire tous les partis.

« Cette polémique enfle à l’heure où la Région bruxelloise connaît un manque criant de logements et d’écoles. La désacralisation des églises apparaît, selon l’évêque de Bruxelles, comme une solution "en phase avec la réalité". Deux projets concrets de désacralisation illustrent cette réalité. La commune de Boitsfort a annoncé que des logements allaient être créés au sein de l’église Saint-Hubert, qui conservera un espace limité au culte. "Rénover cette église aurait coûté une fortune, d’autant que Boitsfort compte déjà cinq églises sur son territoire pour une population de près de 25.000 habitants, explique Mgr Kockerols. Il faut être réaliste. Dans le cas présent, on rend service à la société en permettant d’affecter une fonction logements à ce lieu peu fréquenté." Même constat pour l’église Saint-Vincent de Paul, à Anderlecht, qui n’accueille plus de communauté chrétienne signifiante, et pour laquelle d’importants travaux de rénovation s’imposaient. L’aménagement et la gestion de ce bâtiment sera donc confié à l’école Sint-Goedele. »

De ce fait, on se souvient de l’église sainte-Catherine de Bruxelles dont le projet de désacralisation avait fait grand débat, et qu’après de nombreuses idées de reconversion « non-spirituels », l’édifice était finalement resté dédié au culte. Ceci montre bien que malgré l’actualité fragile des lieux de culte, et les solutions proposées, il n’est pas toujours évident de faire accepter le changement et l’évolution des mœurs.              
Aussi, à Anderlecht, une église abritera une école. Une réhabilitation qui semble plutôt logique et bien perçu pour ce lieu d’accueil et de transmission. Au contraire, d’autres projets sont plutôt mal accueillis par la population, des projets qui semblent tendre vers l’intérêt économique et non de bien commun. Par exemple à Boitsfort, une église a été racheté à la commune par un particulier, pour un projet de logements. Certes, l’édifice est sauvé en partie mais les habitants ont beaucoup de mal à accepter cette prochaine transformation qui est bien loin de respecter l’âme du lieu et dont les informations manquent actuellement de transparence envers les citoyens. Plus loin, à Asquillies, un particulier fait l’acquisition du phare urbain et y imagine son habitation. C’est ainsi un espace totalement ouvert dans l’esprit du loft qui est créé. A l’intérieur, il n’existe plus rien qui pourrait faire penser au lieu d’origine. Tout est épuré et aseptisé du moindre symbole spirituel. D’après le propriétaire, après la désacralisation et la désaffectation du lieu, l’achat en 2014 puis la validation du permis de construire ont pu se réaliser rapidement sans encombre. Cette église anciennement communale a toutefois été vendue avec des clauses restrictives notamment l’interdiction de déplacer ou supprimer certaines tombes du lieu…          
A Mechelen, une église est transformée en hôtel de luxe. Bien que des clients semblent apprécier la spiritualité qui s’en dégage, d’autres personnes n’acceptent pas ces bouleversements. Un autre modèle hôtelier est né à Mons, dans un édifice ayant d’abord accueilli un hospice, puis une communauté religieuse et enfin une école. Un vrai défi architectural entre préservation du lieu et mise en norme. Aussi on pensera à l’ancienne église Sainte-Marguerite de Tournai, réhabilitée en lofts.
A Namur, c’est en l’espace culturel d’Harscamp que l’église Notre Dame renaît. Un lieu qui respecte le patrimoine, la culture et l’âme du lieu. Il est souvent plus apprécié de transformer les anciens lieux de culte en espace culturel et/ou de bien commun et non en espace privé, qui ne permet pas l’accès à tous.

Portrait de membre #1

Maxime Seurin, architecte indépendant, membre du FAR LAB et responsable de son cabinet d’architecture Lilloise, à la fois architecte, créateur de mobiliers, designer d’intérieur et travailleur inconditionnel du bois. Le bois un matériau noble présent dans l'ancienne église Saint-Louis, le projet "éprouvette" du FAR LAB et pour cause Maxime Seurin est à l'origine des images 3D de reconversion de l'ancienne église, un projet qui est toujours en cours !

!Pour le blog du FAR LAB il présente son parcours :

« L'enseignement de Pierre-Louis Faloci, qui m'a formé en son agence et m'a diplômé à l'Ecole d'Architecture de Paris Belleville, m'a donné les clés d'une conception architecturale de qualité et un bon paquet d'ambition. Architecture-Studio (Paris-Shanghai-Pékin) m'a appris les outils et m'a permis d'expérimenter mon savoir à travers des responsabilités dans un pays qui laissait libre cours à mon imagination.
Aujourd'hui installé dans la métropole lilloise, j'exerce mon métier avec passion et dévouement à travers mon travail d'indépendant. Celui-ci a débuté grâce à la rencontre d'un homme et d'un bâtiment, demandeur de dessin à la hauteur de ses ambitions. »

Pour voir le projet de reconversion de l'ancienne église Saint Louis, RDV sur le site web de Maxime Seurin en cliquant ici

Patrimoine en immersion

 

La réalité virtuelle est le fait de faire percevoir à un utilisateur un monde artificiel ressemblant à un monde réel et de donner à cet utilisateur la possibilité d'interagir intuitivement et naturellement avec ce monde;

C'est est une technique maintenant mature qui trouve tout son sens pour donner à voir, à se projeter, et ce même à distance. Son utilisation se diffuse de plus en plus largement dans les lieux de culture et d’architecture : elle est un formidable vecteur pour attirer de nouveaux publics et renforcer l’attractivité d’un patrimoine. 

Dans tous les cas, le succès du dispositif repose d’abord sur la narration et les contenus : réussir à embarquer le visiteur dans une histoire du futur, créer de l’émotion, un lien plus intime qui facilite la découverte, tout veillant à favoriser le rapport avec le patrimoine « réel ». 

Le FAR LAB pense que l’immersion en réalité virtuelle dans les expériences patrimoniales va contribuer fortement à éveiller la conscience des citoyens de tous âges. Avec des contenus ludiques et pédagogiques, le patrimoine va pouvoir se trouver partout. 
Ces expériences doivent être pensées en complément d’une visite sur site que rien ne saurait remplacer.

L’expérience que nous proposons pour l’ancienne église Saint-Louis et sa reconversion spectaculaire d’un point de vue architectural est une immersion à travers la nef centrale, les fermages d’artisanat d’art en visite virtuelle, par le biais d’un casque VR HTC Vive.

Le dispositif a été développé en partenariat avec OWL vision.

Ça y est, la dynamique est lancée !

Le partenariat entre le FAR LAB et l'ENSAP de Lille pour la reconversion de l'église Saint Gérard, en trois questions ? 

Qui ?
Un « atelier », groupe de travail d'environ 20 étudiants de niveaux Master (4e et 5e années), encadré par 4 enseignants, spécialisés dans l'intervention dans des édifices existants et les questions liées au patrimoine des 19e et 20e siècles.

Gilles Maury, architecte, docteur en histoire de l'architecture, responsable du groupe ; Olivier Brasse et Alexandre Morais, architectes ; Jean-Christophe Laurent, architecte et responsable des travaux dirigés sur les techniques de construction.

Quand ?
De septembre 2016 à février 2017, les étudiants vont consacrer 16 séances de 8h, guidés par leurs enseignants. Ces heures s'accompagnent d'un important travail personnel pour chaque étudiant, qui peut les faire consacrer entre 300 à 500h environ pour chaque projet.

Comment ?
Durant chaque séance hebdomadaire, les étudiants présentent à leurs enseignants l'avancé de leur travail. Les enseignants animent, guides, rythmes les séances et donnent des directives aux étudiants pour qu'ils « avancent » dans la concrétisation de leurs idées.
L'atelier de projet est un moment de partage, de débats, mais aussi un lieu de travail. Les étudiants continuent de dessiner, d'imaginer en direct, de produire des documents qui permettent de visualiser leurs idées sur le bâtiment : dessins techniques ou d'ambiances, général ou de détail ; maquettes en carton ou modèles 3D informatisés…

Pour Saint-Gérard, l'idée d'une transformation de l'intérieur suppose un grand nombre de maquette montrant comment l'on pourra diviser l'espace afin d'y loger de nouveaux usages. Les étudiants feront des propositions réalistes, mais qui ne seront que des possibilités parmi d'autres. Les travaux des étudiants pour Saint-Gérard seront exactement du même type que ceux produits à l'ENSAP Lille depuis des années : des solutions proposées comme réflexions sur la transformation d'un édifice.

L'idée supplémentaire pour Saint-Gérard est d'impliquer les étudiants dans les débats, en tant qu'observateurs, entre toutes les personnes impliquées ou soucieuses du devenir de l'édifice. Ceci afin que leurs propositions soient le reflet de besoins réalistes.


> L'ENSAP Lille a déjà collaboré avec de très nombreux partenaires (Lille 3000, Palais des Beaux-Arts, de nombreuses mairies des Hauts de France, la MEL, Euralille…) dont le CAUE. Etudiants et enseignants ont ainsi l'habitude de dialoguer avec des acteurs réels du cadre de vie quotidien, afin de répondre au mieux aux besoins des usagers.